Interview de Pierre Moscovici dans Le Bien Public, quotidien régional diffusé en Côte-d’Or, du 19 juillet 2011 – par Cyrill Bignault.

Le premier séminaire de travail de l’équipe autour de François Hollande se tient aujourd’hui à Dijon. Rencontre avec son coordinateur, Pierre Moscovici, député du Doubs.

Pourquoi avez-vous rejoint François Hollande ?

« Je soutenais Dominique Strauss-Kahn, mais après son retrait, je pense que François Hollande est le plus proche de mes idées réformistes, des idées sociales démocrates. Nous avons en commun un engagement à gauche, une passion européenne et une volonté d’agir de manière réaliste. J’ai aussi la conviction que François Hollande est aujourd’hui le mieux placé pour battre Nicolas Sarkozy, ce qui doit être l’objectif central pour les socialistes. C’est un choix de cohérence. Mon engagement est sans réserve. »

Vous êtes coordinateur de l’équipe Hollande. En quoi cela consiste ?

« Dans l’équipe de campagne, il y a de nombreux talents qui proviennent de diverses familles du PS. Mon rôle sera de faire en sorte que la campagne soit à la fois la plus efficace et la plus créative et imaginative possible. Cela suppose aussi de faire un travail sur les idées car c’est sur le projet que les Français nous choisiront. Le rejet du sarkozysme est une composante essentielle, mais ce qui fera l’élection, c’est l’espoir placé dans la gauche. »

Aujourd’hui, à Dijon, aura lieu le premier séminaire de l’équipe en présence de François Hollande. Quels en seront le thème et les enjeux ?

« C’est une réunion de mobilisation et d’organisation autour de François Hollande. La campagne des primaires débutera vers le 20 août. C’est aussi un symbole de l’amitié qui peut exister entre François Hollande et François Rebsamen, auquel je me joins bien volontiers. Nous aborderons à la fois l’organisation de cette équipe de campagne et les thèmes sur lesquels on va insister. Je suis persuadé, par exemple, que c’est sur l’efficacité économique, la justice sociale ou encore la mutation écologique, que se construira notre succès. »

 Il y a beaucoup de Côte-d’Oriens dans cette équipe. Avez-vous des échanges privilégiés avec certains d’entre eux ?

« J’ai des liens de complicité anciens avec François Rebsamen. Il y a également des proches qui me soutenaient dans une étape précédente de mon parcours politique comme François Patriat, qui est un ami cher ou comme Safia Otokoré avec laquelle je travaille. Il y a aussi Michel Neugnot, Laurent Grandguillaume. C’est un département que je connais bien et je m’y arrête souvent quand je vais à Montbéliard. J’ai beaucoup d’amis à Dijon et cela facilite les choses. »

Comment éviter les attaques entre candidats aux primaires ?

« Je lisais ce matin (Ndlr : hier) dans Le Figaro que les rivalités s’exacerbaient. Je pense qu’il faut distinguer les attaques personnelles, qui n’ont pas leur place entre socialistes, de la nécessaire différenciation. Nous ne sommes pas des clones. Il y a des vraies différences. J’ai pour exemple le débat qui a opposé hier (Ndlr : dimanche) Martine Aubry à François Hollande sur la maîtrise budgétaire. Les Français doivent savoir quelle est la vérité des comptes publics, nos vraies marges de manœuvres. Attaque personnelle, non, débat politique, oui. C’est comme cela que doivent fonctionner les primaires. »

Comment réagiriez-vous si Dominique Strauss-Kahn donnait la consigne de voter pour Martine Aubry ?

« Quoi que Dominique fasse, je le respecterai. C’est un ami. Mais, mon souhait, s’il n’est pas candidat lui-même, serait qu’il prenne du recul, qu’il se prépare à utiliser sa force de conviction, qui est grande, et son talent, qui est immense, pour aider le candidat socialiste désigné par les primaires à l’emporter. J’espère qu’il sera à nos côtés après celles-ci. »

Qu’est ce qui peut faire gagner François Hollande ?

« Je pense que François Hollande est aujourd’hui en bonne position. Il est sympathique et c’est un homme qui apparaît nouveau aux Français, bien qu’il ait exercé des responsabilités importantes au sein du parti. François Hollande peut incarner un changement par rapport aux générations qui ont gouverné précédemment. Il a aussi l’énergie et la compétence pour devenir président de la République. Mais rien n’est acquis, les primaires seront disputées, peut-être serrées. Il faudra convaincre jusqu’au bout et montrer ses qualités aux Français. »

  1. ps21 a publié ce billet